Sociales et végétales : les requalifications font peau neuve !

Enquête - Le 18 mai 2021



Locus Solus, à Bordeaux. © Trouillot Hermel Paysagistes / Aquitanis.

La promotion de la végétalisation s’invite désormais dans de nombreux projets d’aménagement de logements sociaux. De la conception à la réalisation, les initiatives des bailleurs se multiplient en collaboration avec les professionnels du paysage.

À l'occasion de la semaine de l'innovation Hlm du 12 au 20 juin 2021, Cité Verte revient sur certaines réalisations en lien avec le thème retenu cette année « Hlm, atout des territoires ».

 

Un remodelage des valeurs d’usage des espaces verts

Qu’il s’agisse de logements classiques dans de petites résidences, de grands ensembles ou d’un aménagement urbain au cadre plus large, les possibilités d’intervention en faveur d’une mutation du minéral au végétal varient en fonction des nouveaux usages attribués à des espaces auparavant peu utilisés ou délaissés (parking, devants d’immeubles…), dans une démarche à la fois sociale et environnementale selon l’échelle pertinente de voisinage (lire le point de vue de Marianne Louis). « Il y a un seul prérequis, précise Guillaume Imbert, responsable du service patrimoine nature de l’OPH Aquitanis, que les habitants soient réceptifs : leur adhésion à la nature du projet est primordiale dès le départ. » « La participation effective et concrète des résidents, doublée d’une concertation avant, pendant et après la mise en œuvre, est la condition sine qua non pour que l’expérience réussisse », renchérit Hervé Rosset, directeur associé de l’agence D&H Paysages et Environnements Urbains. Une chose est sûre, plus les usages se diversifient et plus le coût d’entretien se réduit, un avantage non négligeable en termes de frugalité globale.

 

Une coopération accrue entre bailleurs et aménageurs

À la collaboration traditionnelle avec les architectes s’ajoute celle avec les professionnels du paysage qui « sont capables de nouer les différents usages entre eux et de faire la synthèse des besoins à 360° : de l’esthétique à la déambulation en passant par des zones de loisirs ou de passage » complète Guillaume Imbert. Cela permet de proposer un accompagnement plus large qui se double d’une approche pédagogique au regard d’un jardin vivant toute l’année.

La nouvelle construction de la résidence Locus Solus de Bordeaux illustre bien ce précepte*. Cette initiative pionnière (réceptionnée en juillet 2018) a concerné un projet d’habitat participatif à destination de locataires. Elle a demandé 4 ans de concertation et de réalisation en amont pour concevoir les logements, les parties communes et, surtout, les espaces extérieurs. Les futurs habitants, réunis en collectif puis en association autogérée, ont participé à chacune des étapes en s’inspirant notamment d’autres expériences similaires qu’ils ont été invités à visiter. Résultat ? Un espace vivrier et de détente installé sur une dalle en R+1 tandis que le rez-de-chaussée abrite un parking. Un site dont la vocation sociale et conviviale a été particulièrement appréciée pendant les confinements de l’année écoulée. « De fait, l’appropriation a été immédiate, détaille Paul Trouillot, co-gérant de l’agence Trouillot & Hermel Paysagistes qui a assuré la maîtrise d’œuvre, et a été conforté par l’organisation d’ateliers participatifs de co-conception et de co-réalisation allant jusqu’au choix des végétaux par et avec les locataires alimentant progressivement une chaîne de transmission des savoirs. » La dalle, positionnée au cœur du complexe, intègre différentes fonctions liées au concept de ferme urbaine : surfaces de culture communes (verger, plantes grimpantes…) ou individuelles (semis saisonniers), poulailler, composteur, centre de récupération des eaux. Le tout dans une approche de gestion zéro phyto. Elle comprend également du mobilier et des accessoires tels que des pergolas et des barbecues. Autant d’éléments mobiles qui permettraient, si besoin, à la dalle d’évoluer facilement vers un autre type d’aménagement. En tout état de cause, les résidents en tirent profit et la volonté de faire des émules dans les quartiers ou îlots limitrophes est bien présente.


À gauche : Résidence Locus Solus, Bordeaux. © Trouillot & Hermel Paysagistes. À droite : Résidence Grande Rue, Garches. © D&H.

 

Une revalorisation des espaces par le végétal      

À Garches (92), c’est une résidence à l’origine dépourvue d’espaces verts qui a été soumise à des travaux de résidentialisation sous l’égide de l’OPH France Habitation, aujourd’hui Seqens*. À partir du bâti existant, il s’est agi notamment de minimiser le stationnement, d’enrichir l’écosystème par des strates végétales différenciées et des espèces naturelles régionales, et de tester différents modes de gestion des zones enherbées via la création d’une véritable promenade champêtre. « La réorganisation des espaces a permis de passer d’une situation de départ à 70 % minérale à une situation actuelle à 70 % végétale, explique Hervé Rosset, nous avons mis en œuvre une conception conjointe du projet végétal associé à un plan de gestion écologique. Une fois les habitants sensibilisés au changement des pratiques d’entretien (zéro phyto, fauche bisannuelle dans certaines zones…), cet accompagnement a garanti un suivi sur le long terme. Le retour d’expérience à 5 ans de la livraison est tout à fait positif. » À noter en particulier les actions menées en faveur de la biodiversité avec un partenariat inédit avec la Ligue de protection des oiseaux (LPO) qui a influé sur le choix de la flore – 32 espèces spontanées présentes aujourd’hui contre 5 initialement – et conduit à la labellisation du site en « Refuge LPO ».
Autant d’exemples qui illustrent l’évolution progressive des mentalités, mais aussi la nécessité d’agrandir le spectre en poursuivant sans relâche les animations à destination des résidents et en communiquant sur les résultats obtenus. « Les habitants doivent s’approprier les espaces naturels », conclut Hervé Rosset.

* Projet sélectionné pour les Victoires du Paysage 2020.

 


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