Eau : relever le défi de la gestion des espaces verts

Enquête - Le 19 mars 2024



Présence de l’eau et du végétal renforcée, Place Mandela. © Ville de Grenoble
Présence de l’eau et du végétal renforcée, Place Mandela. © Ville de Grenoble.

 

Nantes : une gestion durable et économe en eau des espaces verts

La ville de Nantes et la direction Nature et Jardins, service des espaces verts de Nantes, se sont engagées dans une démarche ambitieuse : concilier l’esthétisme et la fonctionnalité des jardins avec une gestion de l'eau responsable. « Plus concrètement, il s’agit de réduire la consommation en eau, tout en développant les espaces verts pour lutter contre le réchauffement climatique, favoriser la biodiversité, et garantir des lieux de vie agréables pour les habitants », explique Romaric Perrocheau, directeur de la direction Nature et Jardins. Afin de mener à bien ce projet et assurer la vitalité des végétaux, en particulier en été et au cours des trois premières années de plantation, la métropole expérimente plusieurs pistes. Dans cette optique, différentes pratiques d’arrosage sont mises en place. En cas de sécheresse et de fortes chaleurs, 150 îlots de fraîcheur (parcs, jardins, espaces naturels aménagés, etc.) soit 1 % des 1 200 hectares d’espaces verts existants, sont privilégiés pour l’arrosage. Ces zones, identifiées comme lieu refuge car bénéficiant d’un microclimat plus frais, sont facilement accessibles aux Nantais et réparties sur l’ensemble de la ville.


Nantes – Sac d'arrosage économe pour jeune arbre. © VALHOR.


 
Nantes – Îlots de fraicheur en centre-ville. © VALHOR.



Pour réguler le climat grâce à la présence du végétal, la municipalité a également lancé le « Plan pleine terre » en juin 2022. L’objectif ? Transformer 8 hectares de sols artificialisés en espaces naturels et perméables à horizon 2026, des chantiers menés en priorité dans les écoles, les crèches ou encore au bord des cours d’eau. Les techniques d’arrosage, en particulier des jeunes arbres, sont revues.  « Stockée dans un sac d’arrosage accroché à un arbre et fonctionnant avec un système de goutte à goutte, l’eau percole et maintient l’humidité autour des racines. Ce système très efficace et peu coûteux permet par exemple à un jeune arbre d’être approvisionné pendant une à deux semaines par un sac de 70 L ! », souligne Romaric Perrocheau. En outre, il convient de changer progressivement les pratiques centrées autour de l’utilisation d’eau potable, au profit de la réutilisation de l’eau de pluie. Les systèmes de réserves d’eau doivent eux aussi être repensés. « Plutôt que de miser sur de grands centres de récupération, il faudrait démocratiser l’usage de petites réserves, d’environ 10m3, installées dans des locaux techniques. Cela permet d’être flexible et de ne pas dépendre d’un système centralisé trop complexe. » S’il en existe 25 actuellement, 10 réserves supplémentaires seront implantées chaque année. L’optimisation du suivi des consommations joue aussi un rôle capital pour préserver au maximum les ressources en eau : « détecter les fuites, améliorer l’entretien du réseau ou encore installer des compteurs sur chaque site avec un relevé mensuel. Par ailleurs, d’ici 4 à 5 ans, à l’occasion de la réfection d’une station d’épuration, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) pourrait contribuer à l’irrigation de certains espaces verts », poursuit Romaric Perrocheau. Enfin, il est nécessaire d’adapter les types de plantations (par exemples les vivaces peu gourmandes en eau) et de diversifier les essences capables de résister aux variations climatiques.

Forte de ces initiatives, la direction Nature et Jardins a déjà réduit sa consommation d'eau potable de 18 % entre 2020 et 2022. La Ville continue d'innover et de sensibiliser ses habitants pour préserver cette ressource précieuse, tout en maintenant la vitalité de ses espaces verts.

Eau et biodiversité : les clés d’une gestion écologique des espaces verts de Grenoble

Dans la ville de Grenoble, le service Nature en ville (SNV) gère 244 hectares d'espaces verts, 40 000 arbres, dont deux bosquets boisés dernièrement plantés, et hors espaces naturels, deux cimetières de 21 hectares au total. Pour s’adapter aux effets du changement climatique, la gestion de ces espaces et des végétaux a été repensée avec deux objectifs principaux : réduire la consommation en eau et préserver la biodiversité, par un travail d’équipe et transversal inter-service. À ce titre, le SNV initie et participe à plusieurs actions significatives. D’une part, l’utilisation des eaux pluviales et des eaux usées est désormais privilégiée pour l’arrosage, notamment via le réemploi des eaux de la piscine publique Jean Bron1. Grâce à deux pompes thermiques, 300 m3 d’eau issus du bassin municipal peuvent être conservés dans une bâche de stockage pendant 6 mois, et être exploités ensuite pour alimenter les espaces verts2. D’autre part, des projets de désimperméabilisation des sols et de végétalisation ont été lancés dans des cours d’écoles et des friches urbaines, afin de préserver le cycle de l’eau et de lutter contre les îlots de chaleur urbains. Plusieurs aménagements ont aussi été réalisés pour pallier ces îlots : installation de noues avec infiltration à la source, mise en place de toitures et de façades végétalisées pour ralentir l’écoulement des eaux de pluie, ou encore création de zones de fraîcheur et de bosquets boisés.


Projet de déminéralisation du sol grâce à une terre limoneuse. À gauche : APRÈS. À droite : AVANT. © Ville de Grenoble.

 

Par ailleurs, la ville expérimente l’implantation de végétaux en tenant compte des conditions climatiques actuelles - Grenoble étant située au carrefour de trois climats (montagnard, continental et méditerranéen) - et futures3. Cela implique la diversification de la palette végétale, en favorisant les essences locales et méridionales, et l’adoption de pratiques plus écologiques (prairies fleuries, éco pâturage, fauchage, paillage des massifs, etc.). « Ce changement de pratiques s’illustre également au niveau de la production, en renonçant aux plantes annuelles pour un fleurissement exclusivement composé de bisannuelles et de vivaces, plus pérennes et économes en eau. Une transition indispensable dans le cadre de la démarche de redirection écologique " Grenoble 2040 ". », souligne Anne-Sophie Mellet-Breton, cheffe de service adjoint du SNV. De plus, la ville a pris des mesures pour concentrer les ressources en eau sur les besoins les plus essentiels. Grâce à une collaboration entre la ville et l’État, l'arrêté cadre sécheresse, qui restreint les usages de l’eau en période de sécheresse, a été assoupli.  Cette évolution permet le maintien de l'arrosage des arbres et arbustes plantés depuis moins de 3 ans, des plants culturels patrimoniaux et des espaces verts publics contribuant au rafraîchissement urbain. Une initiative qui a nécessité un rééquilibrage des apports en eau, soit l’absence d’arrosage des autres végétaux : pelouses, massifs, ou encore jardinières. « Pour un suivi précis de la consommation et des besoins en eau, nous expérimentons depuis cette année la tensiométrie4, dont l’application permet de compléter l’expertise des jardiniers. De nouveaux essais à venir nous permettront d’ajuster les besoins en eau des plantes et de quantifier précisément le volume et la fréquence des arrosages », explique Anne-Sophie Mellet Breton.  Cette gestion plus responsable de l’eau passe aussi par une meilleure identification des fuites, notamment pour les détecter hors périodes d’arrosage. À cet effet, le service transition énergétique de Grenoble a augmenté la fréquence des relevés de compteur annuels (de 1 à 4) et a procédé à la suppression de 118 compteurs depuis 2004 pour rationnaliser ce travail.

 

Parallèlement à ces diverses actions, le SNV a redéfini sa mission : offrir un cadre de vie agréable aux habitants et adapter la ville au changement climatique grâce aux espaces verts. Ainsi, de nouveaux postes ont été créés (technicien de l'arbre, chargé de mission sur le fleurissement, etc.) et des formations obligatoires ou volontaires sur les nouvelles pratiques de gestion des espaces verts sont dispensées aux agents. Des outils de management participatif ont aussi été mis en place pour favoriser la collaboration entre les agents et les habitants, tels que des groupes thématiques, des foires aux questions et des visites de villes. En outre, le SNV s’investit dans la sensibilisation des Grenoblois à la création d’une ville plus verte et résiliente. « Le premier facteur de réussite pour relever ce défi est d’assurer une bonne communication entre les différentes parties prenantes, et en particulier avec les citoyens. Pour ce faire, une campagne sur le développement des plantes vivaces dans l’espace public va être menée, et une newsletter hebdomadaire informe les habitants sur les initiatives en cours et à venir », précise Nelly Sicre, responsable de l’unité Ressources et ville ludique de Grenoble.  Une démarche qui se traduit également par un plan canicule à destination des habitants (informations sur les points fraîcheur de la ville), des chantiers de végétalisation ouverts au public ou encore des budgets participatifs dédiés à des projets verts (mini bosquet urbain, installation de collecteurs de pluie, etc.).



À gauche : Soin apporté à un jeune arbre, Place Mandela. © Ville de Grenoble. À droite : Projet de plantation participative, parc Jean Verlhac. © Ville de Grenoble.

 

Grâce à l’ensemble de ces mesures, le Service Nature en Ville a réduit sa consommation en eau de 83 % (depuis 2004). Une gestion durable des ressources qui ne doit pas se limiter aux seuls espaces verts : il est primordial de repenser les pratiques à tous les niveaux, en retrouvant un cycle vertueux et naturel de l’eau en ville.

 

1 france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/grenoble/comment-la-ville-de-grenoble-reutilise-l-eau-d-une-piscine-municipale-pour-nettoyer-les-rues-et-arroser-les-espaces-verts-2838713.html

2 france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/grenoble/comment-la-ville-de-grenoble-reutilise-l-eau-d-une-piscine-municipale-pour-nettoyer-les-rues-et-arroser-les-espaces-verts-2838713.html

3 www.grenoble.fr/uploads/Externe/56/1555_544_DP-L-arbre-en-ville.pdf

4  Contrôle de l’arrosage grâce à la mesure de la succion exercée par le sol pour extraire l'eau des racines des plantes.