L’écopastoralisme urbain, un mode d’entretien doux et polyvalent

Enquête - Le 17 novembre 2020



Exemple d’écopastoralisme urbain. © G. Lemoine.

La réflexion sur les méthodes d’entretien alternatives et raisonnées des espaces paysagers, met en lumière l’écopastoralisme – ou écopâturage ou pastoralisme urbain – comme l’une des solutions possibles. Tour d’horizon de ses avantages mais aussi des points de vigilance pour les gestionnaires d’espaces verts.

L’écopastoralisme est un mode d’entretien et de gestion extensif et écologique des espaces, par le pâturage d’herbivores domestiques (essentiellement bovins, équins, ovins et caprins)¹. Il peut être mis en œuvre dans des espaces naturels, dans les espaces verts en milieu urbain et péri-urbain, et remplace ou limite l’usage d’engins mécaniques. Il suppose une double expertise dans le domaine du paysage et de l’élevage.

Parmi ses principaux avantages, on peut citer :

  • la réduction des nuisances sonores et pollutions diverses liées à l’emploi des machines ;
  • la diminution de repousse sur les rejets des herbacées et des ligneux ;
  • la fertilisation et l’amélioration de la porosité naturelle des sols par le piétinement et les déjections des animaux et la non-utilisation d’engins ;
  • la préservation et le développement de la biodiversité sauvage et domestique.

À ces avantages s’ajoutent un lien social très fort, généré par la valorisation du cadre de vie des usagers et une sensibilisation des citadins à la nature et aux savoir-faire ruraux.

 

Une option qui ne s’improvise pas…

Recourir à l’écopastoralisme n’est pas anodin car cela implique une série d’obligations liées à l’activité d’élevage et aux contraintes sanitaires. Il faut donc en amont prendre tout le temps nécessaire pour analyser la demande de la collectivité, à commencer par un diagnostic de site afin de déterminer précisément les besoins en entretien et la pertinence de cette option : si c’est le cas, choisir l’espèce, la race et le nombre d’individus adéquats pour éviter le surpâturage. Si les grandes surfaces sont à privilégier car elles permettent une rotation des pâtures et une optimisation des coûts de déplacement, il faut considérer une surface minimale de 5000 m2, le nombre moyen d’animaux à l’hectare pouvant varier de 1 (vache ou âne) à 6,5 (chèvres ou moutons). Enfin, d’autres critères sont à prendre en compte tels que l’accès à la parcelle, à l’eau, aux aliments, à un éventuel abri, les dangers potentiels – les vols d’animaux sont fréquents –, la pose de clôtures fixes ou mobiles², l’ouverture ou non du site au public, etc. Les animaux peuvent rester sur site environ huit mois, d’avril-mai à novembre-décembre.

 

… et se construit avec les professionnels du paysage

Si l’activité ne s’improvise pas, quelles plus-values apportent les professionnels du paysage ? « Avant tout, une approche globale, analyse Stanislas de Mézerac, directeur de Solveg, une entreprise paysagiste spécialisée dans ce type de solutions. Un projet d’écopâturage s’insère dans un écosystème et un environnement spécifiques englobant à la fois le patrimoine naturel (strates, espèces végétales) et le patrimoine animal par le recours à une race menacée par exemple. »
En termes contractuels, plusieurs options sont envisageables au cas par cas, de la solution clé en main au sur-mesure, la responsabilité des bêtes restant à la charge du professionnel retenu. La présence d’un référent sur place au sein de l’équipe municipale ou technique est en revanche indispensable. Hôpitaux, collectivités territoriales, EPCI, entreprises… les typologies de clients et de sites sont nombreuses et les résultats probants : l’attractivité des animaux est sans pareille, sans compter leur capacité à s’approprier des espaces accidentés peu propices à l’emploi de machines.  À la Pointe du Hoc (Calvados) par exemple, des moutons des Landes de Bretagne entretiennent depuis 2015 le site pour le compte de l'American Battle Monuments Commission : non seulement ils amusent les visiteurs, mais aussi et surtout ils passent partout, y compris dans les trous d'obus et les vestiges, où les jardiniers risquaient de se blesser. Ils sont aussi prétexte à une approche pédagogique pour le plaisir des petits et des grands.

Entretien du site de la Pointe du Hoc. © Solveg. Les moutons contribuent à contenir la renouée du Japon. © Solveg.
À gauche : Entretien du site de la Pointe du Hoc. © Solveg. À droite : Les moutons contribuent à contenir la renouée du Japon. © Solveg.

Au Val-de-Reuil, l’agglomération Seine-Eure combine pour sa part depuis 2017 la tonte avec la lutte contre les espèces invasives. Elle dispose aujourd’hui d’un cheptel en propre. Quatre vaches Bretonnes Pie Noir assainissent la zone humide des Pâtures, un milieu naturel d’une superficie de 8 hectares, tandis que 45 moutons d’Ouessant et des Landes de Bretagne contiennent la renouée du Japon sur 1000 m2. Les résultats sont probants et moins coûteux qu’un arrachage à la main qui doit être répété chaque mois de mai à octobre. Autre intérêt, les animaux sont dociles et attaquent moins les ligneux.
Autre exemple, à Cholet (Maine-et-Loire) où l’écopâturage est en vigueur depuis 5 ans. La municipalité dispose en régie d’un cheptel rustique de 14 ovins (moutons vendéens, moutons d’Ouessant, Nez noirs du Valais et Shropshire) et 13 caprins, une partie déployée dans les zones trop humides ou trop pentues pour avoir recours à du matériel mécanique. « Cette pratique apporte parfois un gain de temps et d’organisation à condition de bien planifier le suivi quotidien des animaux par les agents communaux, formés spécialement », explique Sandrine Jouan, directrice des Parcs, des Jardins et du Paysage. En termes de retour d’expérience à moyen terme, la municipalité a lancé en collaboration avec le Centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE) des inventaires naturalistes sur une partie des prairies pâturées qui permettront de dresser le bilan de la pratique sur la biodiversité et d’adapter, si nécessaire, la pression de pâturage. « Mais notre plus grande fierté, détaille Annick Jeanneteau, adjointe aux Espaces verts, c’est l’adhésion de la population au projet : plus de 1 000 personnes valident avec enthousiasme le choix du nom lors des naissances et nous n’avons que des retombées positives ». De quoi encourager le développement raisonné de l’écopâturage sur le territoire, allié à l’accueil d’ânes et de chevaux de trait poitevins mulassiers, une race locale menacée d’extinction.
L’écopastoralisme s’accompagne enfin fréquemment de nouvelles opportunités car « les partenariats mis en place créent un socle de confiance autour duquel peuvent se greffer d’autres aménagements », conclut Stanislas de Mézerac.

 

Un label dédié au bien-être animal

La question de la formation des personnels est bien entendu décisive en amont et en aval du projet avec, comme corollaire, le bien-être des animaux. Ainsi, le label Animal&Cité® – label privé et unique dans le domaine de l’écopâturage – se veut une « démarche qualité dédiée à l’utilisation éthique de l’animal en ville ». S’adressant à la fois aux gestionnaires et aux prestataires de services souhaitant valoriser leurs pratiques, il repose sur un référentiel articulé en quatre axes : la réglementation, l’éthique de l’animal, la gestion durable des espaces écopâturés et la responsabilité sociale de la structure. Parallèlement, une Fédération française d’Écopâturage a été créée en septembre dernier pour donner une définition officielle et un cadre à la pratique sous une charte de valeurs communes. Un label national sera aussi mis en place. Autant d’atouts supplémentaires pour encadrer au mieux l’écopastoralisme, promouvoir ses expertises et poursuivre son développement.


¹ UNEP – Les Entreprises du Paysage, N.C.3-R0 : « Travaux d’éco-pastoralisme », mars 2017. 
² UNEP – Les Entreprises du Paysage, C.C.5-R0 : « Travaux de réalisation de clôtures », janviers 2020.