Plus que jamais, le paysage est essentiel à la ville

Enquête - Le 03 juillet 2020



Vue aérienne du parc du Heyritz de Strasbourg. © DR.

La récente crise du Covid-19 comme l’enchaînement de variations climatiques importantes ces dernières années ont souligné l’importance du végétal en milieu urbain. Malgré un contexte fortement perturbé pour les collectivités, il s’avère primordial de répondre au besoin de nature très fort des citoyens, en relançant notamment les aménagements paysagers.

Si la crise du Covid-19 a touché, et touche encore une bonne partie de la planète, elle a affecté plus durement encore les citadins. Devant leurs écrans, les Français ont notamment pu découvrir leur capitale désertée de ses habitants1, lesquels ont été des millions à préférer vivre ce confinement historique dans un cadre plus confortable, paisible et, surtout, végétalisé. La réalité est là : le Covid-19 a mis en relief le manque de nature dans les métropoles françaises. Tandis que certains chanceux jouissaient d’un jardin privatif ou d’un square à moins d’un kilomètre de leur domicile, d’autres se sont retrouvés immobilisés entre murs de pierre et sols de bitume pendant de longues semaines. Phénomène ayant notamment contribué à creuser encore davantage le fossé entre la Province et la capitale, et suscité en partie une augmentation impressionnante des désordres nerveux et psychologiques. Dans un tel contexte – et le succès des partis écologistes aux dernières élections municipales le confirme –, il semble plus que jamais nécessaire de mettre le paysage au cœur des aménagements des collectivités.

Penser aujourd’hui la ville de demain

Rappelons que les atouts du végétal ne sont pas inconnus. Lorsqu’il est considéré comme un élément structurant des aménagements, le vivant permet de lutter efficacement contre les îlots de chaleur, la pollution et les inondations par exemple. Ces phénomènes récurrents sont amplifiés par l’accumulation d’infrastructures techniques, apportant chacune un nombre très limité de services et rendant les villes plus vulnérables que jamais. Alors que les citoyens plébiscitent la présence La promenade des pins Calvisson.© Eskis Paysagistes / VAL’HOR / Les Victoires du Paysage.de végétal dans leur quotidien, il est urgent de s’appuyer sur les infrastructures vertes pour penser la ville de demain. Par-delà leurs apports écosystémiques, les aménagements paysagers permettent de revitaliser des quartiers comme les centres-villes ainsi que les mobilités dans les agglomérations, de repenser les connexions sur les territoires et d’améliorer le cadre de vie. En effet, selon le maire de Versailles, François de Mazières, « les espaces verts sont tout simplement indispensables au confort des habitants ».

La promenade des pins à Calvisson (30) est devenue un lieu de rencontres intergénérationnelles. © Eskis Paysagistes / VAL’HOR / Les Victoires du Paysage.

Une pluridisciplinarité à mobiliser

Les espaces verts sont conçus et mis en œuvre par des professionnels soucieux de conjuguer esthétique, lien social, biodiversité et maîtrise des dépenses. Pourquoi une telle multiplicité d’acteurs ? Parce que penser la ville à différentes échelles nécessite des compétences diverses et doit s’orchestrer autour d’un véritable projet de paysage. Un principe souligné par Henri Bava, président de la Fédération française du Paysage (FFP) et administrateur de Plante & Cité. « Transformer la ville est un enjeu collectif. Parmi les acteurs de cette transformation, les professionnels du paysage et du végétal ont les clés pour accompagner l’évolution des paysages urbains en réponse aux défis contemporains. Changements climatiques, crise de la biodiversité, besoin de reconnexion des habitants à la nature, c’est par le paysage que l’on parviendra à accrocher l’écologie à la ville. »2 Dans un tel contexte, le rôle du paysagiste concepteur, reconnu depuis 2017, est crucial afin qu’un aménagement soit à la fois sûr et durable. La promenade du Paillon. © Pena / VAL’HOR / Les Victoires du Paysage.À l’instar de l’architecte, le paysagiste concepteur est un créateur. Mais alors que le premier intervient sur les 
« pleins », comme les bâtiments, le second intervient sur les 
« vides » :  les infrastructures urbaines (routes, rues, tramway…), esplanades, lieux de passage et de connexion, réseaux d’irrigation, parcs… « Or, les vides sont les éléments les plus structurants d’une ville », indique Jean-Marc Bouillon, président d’honneur de la FFP, et du fonds de dotation Intelligence Nature.

La promenade du Paillon : ce trait d’union entre la mer et le cœur de ville à Nice a obtenu le Grand Prix du Jury aux Victoires du paysage en 2014. © Pena / VAL’HOR / Les Victoires du Paysage.

S’adapter, c’est chose faite

Pendant le confinement Fanny Maujean, directrice des parcs, jardins et paysages de la ville d’Angers, a souhaité poursuivre certains chantiers. « Nous avons fait en fonction des entreprises et avec les entreprises ! Quand elles souhaitaient et avaient la possibilité de reprendre les travaux, nous nous sommes assurés de leur plan de continuité d’activités pour garantir la sécurité des opérateurs terrain. » La poursuite des chantiers a surtout été rendue possible grâce à la capacité d’adaptation et à tous les efforts fournis par les professionnels du paysage, qu’ils soient pépiniéristes, maîtres d’ouvrage ou encore jardiniers. Il a bien sûr fallu s’adapter dans un temps record, le plus souvent à distance, mais également prioriser les zones d’entretien, aménager les horaires de travail et, surtout, protéger l’ensemble des équipes d’un virus tout autant invisible que dangereux. Avec, en ligne de mire, la fin de la crise sanitaire mais aussi la préparation de l’avenir. Le risque de voir relégué le paysage au second plan demeure et les modalités pour le maintenir sur le devant de la scène dépendent pour beaucoup de la volonté et de l’organisation des collectivités qui, comme le souligne François de Mazières, doivent en matière de paysage pouvoir « penser à la gestion du temps long et non immédiat. »

Guide La ville nature




Pour en savoir plus : lire le plaidoyer La Ville Nature.



1 Près d'un Parisien sur dix a quitté la capitale depuis le début du confinement, France Bleu Paris.
2 source : La lettre de Plante & Cité, juin 2020, n°131.

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