« Grâce à la nature, on a ramené la vie dans le cimetière ! »

Point de vue - Le 29 octobre 2019


Cathy Biass-Morin, Directrice des espaces verts de Versailles, Vice-présidente de l’Association des Ingénieurs Territoriaux de France (AITF), évoque les nombreux bénéfices de l’entretien naturel des cimetières de la ville, alors que la ville n’utilise plus de produits phytosanitaires depuis quatorze ans.

Comment avez-vous opéré la transition écologique dans les cimetières de la Ville ?

Notre politique est basée sur la réintroduction de la nature, et donc sur le ré-engazonnement d’un maximum de surfaces possibles. On plante, on tond, on débroussaille mécaniquement. Rien de plus. Cathy Biass-Morin. © Jacques Postel / ville de Versailles. À Versailles, nous avons douze ans d’avance sur la Loi Labbé1, puisqu’en 2005 nous avions déjà une politique zéro pesticides dans les parcs et les jardins, suivis par les cimetières en 2009. Pour agir de façon cohérente et globale sur nos espaces verts, nous nous sommes surtout appuyés sur le référentiel écologique du label Écojardin de Plantes & Cité. Sans le soutien du maire, François de Mazières, nous n’y serions pas parvenus. Il a été le porte-parole de ce véritable changement esthétique et a fait face aux critiques. Au fil des années, les riverains ainsi que les jardiniers se sont habitués à cette végétation, conscients des bénéfices sur la santé de l’arrêt des produits phytosanitaires. Ainsi, en 2009, sur 35 plaintes, 15 étaient liées à l’entretien du cimetière. En 2017, c’était 6 sur 18, sur 88 000 habitants.


Cathy Biass-Morin. © Jacques Postel / ville de Versailles.

Comment gérez-vous les tombes en friche ?

À Versailles, le mot d’ordre est d’intervenir même sur les endroits réservés aux particuliers dès qu’il y a atteinte à la sécurité, pour débroussailler. Là encore, la communication du maire à ce sujet a été convaincante, et nous n’avons pas rencontré de problèmes particuliers.

Quel a été l’impact de cette politique « zéro phyto » sur votre budget d’entretien ?

Le budget alloué aux cimetières versaillais est passé de 30 000 en 2009 à 80 000 € en 2012 puis est revenu à 50 000 € aujourd’hui. Pour ce faire, nous avons mutualisé les achats de plantes vivaces avec les parcs et jardins de la ville. Cela demande aussi une organisation spécifique du travail d’entretien. Entre mai et juin, la période la plus difficile, nous faisons appel à du personnel en insertion. Par ailleurs, la polyvalence des agents d’entretien est de mise : le fossoyeur ainsi que l’agent d’accueil sont aussi jardiniers quand il le faut. Le plus important reste bien sûr l’acceptation de la flore spontanée…

Quels sont les effets de la renaturation des cimetières ?

Ils s’observent en termes de biodiversité mais aussi d’attraction vis-à-vis des riverains. Prenons l’exemple du cimetière des Gonards.  Entouré de forêts, ce lieu était déjà un espace riche en biodiversité. Grâce à la renaturation des lieux, nous avons identifié 4 nouvelles espèces d’orchidées sauvages et une portée de renardeaux. En 2020, nous projetons de créer une mare pour attirer les amphibiens et les oiseaux. Le cimetière, vaste de 12 hectares et demi, est un lieu de promenade avec une des plus belles vues sur le Château de Versailles, et le jardin de recueillement le théâtre de pique-niques, de lecture, de détente. Grâce à la nature, on y a ramené de la vie !

1 La Loi Labbé du 1er janvier 2017 interdit aux personnes publiques d'utiliser ou de faire utiliser des produits phytosanitaires pour l'entretien des espaces verts, forêts, promenades et voiries.

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