Zéro-phyto : une nouvelle façon d’appréhender les espaces verts

Enquête - Le 28 mai 2019




Avec l’avènement du « zéro-phyto », les collectivités font bien plus qu’adapter leurs pratiques : elles intègrent une nouvelle façon de penser et d’entretenir leurs espaces verts. Une évolution accompagnée par les professionnels du végétal et du paysage.

Le récent rapport de l’IPBES1 le confirme : l’érosion de la biodiversité à grande échelle est une réalité. Le retour d’éléments naturels en milieu urbain peut contribuer à lutter contre ce phénomène. Les espaces verts sont en effet des lieux privilégiés pour favoriser des espèces végétales et animales menacées. L’interdiction des produits phytosanitaires dans le domaine public s’inscrit dans cette logique. En vigueur depuis le 1er janvier 2017, la loi Labbé impose le « zéro-phyto » à l’ensemble des espaces publics, hormis les cimetières sans usage de promenade et les terrains de sport clos et sans accès libre au public. Sur le terrain, ce nouveau cadre engage les collectivités responsables et les professionnels autour de trois évolutions majeures de leurs pratiques.

 

Angers. Bout du Monde. © Phytolab

Adapter l’entretien des réalisations existantes

Ne plus recourir aux produits phytosanitaires implique de faire évoluer des modes d’entretien parfois ancrés dans les pratiques. Plutôt que de traiter l’ensemble des espaces verts de façon homogène avec des pesticides, de plus en plus de collectivités privilégient des techniques d’entretien alternatives adaptées à chaque espace, selon sa nature, son positionnement ou son usage : c’est la gestion différenciée.

Désherbage mécanique ou thermique, retouches avec la binette… Le recours à des techniques alternatives implique par ailleurs un entretien plus chronophage et plus régulier.
Pour maîtriser leurs budgets, les collectivités sont donc amenées à prioriser les types de voiries et de surfaces sur lesquelles elles souhaitent un entretien poussé. Sur les autres zones, l’apparition de végétaux parfois inattendus est à prévoir, comme des pâquerettes ou des trèfles sur les gazons des jardins publics.

La lutte contre les ravageurs et les maladies passe quant à elle par l’intervention de  professionnels maîtrisant de nouvelles techniques comme le biocontrôle ou l’utilisation de  substances à faible risque.

Repenser la conception de nouveaux espaces verts

La mise en œuvre de pratiques alternatives est facilitée lorsqu’elle est prise en compte dès la phase de conception. Elle implique donc une nouvelle façon de penser les espaces verts. « L’écologie, comme les nouvelles formes de jardins, réinvente l’art du jardinier », confirme Michel Audouy, paysagiste.

En amont, une réflexion fine sur l’ensemble des usages prévus au sein de ces espaces doit être menée. Cette phase d’analyse peut permettre par exemple de réduire les surfaces prévues à désherber. S’il est tentant de désherber une grande surface pour faciliter le passage des piétons au sein d’un espace vert, on note que les riverains suivent généralement un chemin naturel sur une zone relativement limitée. Les endroits qui n’ont pas vocation à être piétinés peuvent donc être végétalisés et entretenus en tonte plutôt qu’être désherbés.

Autre élément à intégrer : l’approvisionnement en végétaux de proximité (lien article : Comment s’approvisionner en végétaux de proximité ?). Adaptés au sol et au climat, ces derniers sont plus robustes et faciles à entretenir que les essences exotiques, souvent synonymes de lourds moyens d’entretien. Dans cette logique, les pépiniéristes proposent de nouvelles plantes adaptées au changement climatique : le meilleur moyen d’éviter l’introduction de végétaux inadaptés au biotope naturel.

Pour en savoir plus sur les solutions alternatives pour une gestion durable des espaces végétalisés, consultez le guide publié par l’UNEP-Les entreprises du paysage, Solutions alternatives pour une gestion durable des espaces végétalisés.

Aviré. Les méandres de la Sazée. © VAL'HOR
 Aviré. Les méandres de la Sazée. © VAL'HOR
Semis des noues et fossés. © Nova flore
 Semis des noues et fossés. © Nova flore.

Faire évoluer les regards sur les espaces verts

Avec l’abandon des produits phytosanitaires, le rendu esthétique des espaces verts n’est plus exactement le même. Ces derniers laissent place à une végétation plus spontanée et évolutive. Les adventices, ou « mauvaises herbes », ces plantes dont la pousse n’était pas prévue initialement, ont ainsi vocation à se multiplier. Au final, certaines réalisations peuvent apparaître moins ordonnées qu’auparavant, ce qui peut être perçu par les riverains comme une négligence, voire une absence d’entretien, alors qu’ils profitent d’un espace globalement plus naturel qu’il ne l’était auparavant, et bien plus bénéfique pour la biodiversité.

Il s’agit donc pour les collectivités de faire preuve de pédagogie pour accompagner un changement de regard sur les réalisations paysagères. Dans la ville d’Orléans, engagée dans une démarche écologique des espaces verts, plusieurs moyens de communication sont déployés pour favoriser l’acceptation de nouveaux paysages : panneaux d’information, expositions, organisation de sorties botaniques sur les « herbes folles »… Les espaces verts deviennent ainsi un véritable support de communication sur l’engagement de la commune en faveur de l’environnement. De nombreux initiatives de communication sont d’ailleurs rassemblée sur la galerie Acceptaflore.

Raréfaction des moyens dans une approche plus frugale, approvisionnement des végétaux, réflexion sur les usages… ces différents enjeux exigent une phase de conception pluridisciplinaire, impliquant l’ensemble des acteurs concernés : élus, agents d’entretien, usagers, maîtres d’œuvre, entreprises du paysage et producteurs de végétaux.

1 Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services

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