« Toutes nos surfaces végétales sont pensées pour gérer l’eau de pluie ! »

Point de vue - Le 23 janvier 2020


Frédéric SégurLe choix des végétaux et l’entretien des sols sont des dimensions essentielles à la gestion naturelle des eaux. Le directeur Arbres et Paysage du Grand Lyon, Frédéric Ségur, nous livre son approche et revient sur les initiatives mises en œuvre au sein d’un territoire volontariste en la matière.

Quels types d'espèces végétales sont les plus adaptées pour réguler l’eau de ruissellement en ville ?

Lorsqu’ils ont vocation à jouer un rôle dans la régulation de l’eau, les végétaux de nos villes doivent être en mesure de supporter à la fois des périodes de fortes précipitations et de sécheresse. À ce titre, les essences de bord de rivières, dites essences ripisylves, sont potentiellement les plus adaptées. C’est ce qui explique le succès du platane en France. Cette essence poussait à l’origine en bord de rivière, au sein des régions grecques ou turques soumises à des périodes de fortes sécheresses.

Mais le comportement d’un végétal peut varier d’un endroit à l’autre. Il faut donc éviter de tout miser sur une espèce unique, car si la sécheresse est trop violente ou qu’une maladie apparaît, c’est l’ensemble de la culture qui est perdue. Nos villes doivent donc diversifier au maximum leurs végétaux.

Les sols naturels jouent un rôle prépondérant dans la capacité des végétaux à absorber l’eau. Comment les préserver au mieux ?

En ville, les sols naturels souffrent de deux phénomènes : d’une part, ils ne sont pas assez volumineux pour nos arbres et d’autre part leur équilibre est perturbé. Ils ont longtemps fait l’objet d’une approche purement physique et chimique alors qu’ils constituent un milieu vivant en perpétuelle évolution. La zone entourant les racines, la rhizosphère, est un lieu  d’échanges indispensables entre différents éléments, comme les champignons. Ces derniers permettent de récupérer des eaux fines sur plusieurs kilomètres au service des arbres, pendant que ceux-ci leur fournissent la matière pour se nourrir. C’est cette symbiose qui permet aux végétaux de remplir au mieux leur rôle et qu’il faut à tout prix protéger ou reconstituer.

À ce titre, l’interdiction des pesticides est essentielle. Au sein des parcs et espaces verts, il est par ailleurs important de laisser les feuilles et le paillage se décomposer sur les sols afin de respecter le cycle du carbone. Il faut aussi veiller à ce que les sols soient bien aérés.

Au sein de la métropole de Lyon, quelles initiatives liées au végétal ont été menées en matière de gestion de l’eau ?

Depuis plusieurs années, toutes nos surfaces végétales sont pensées pour gérer l’eau de pluie. Nous avons mis en place des projets diversifiés : jardins de pluie, noues, zones de dépression, zones infiltrantes. L’idée est de combiner ces solutions selon l’endroit et l’espace disponible au sein de la ville.

Et quand il n’y a de place que pour des arbres, comme sur certains trottoirs très fréquentés, nous utilisons la technique de Stockholm. Cette pratique, mise en place dans la capitale suédoise, consiste à refaire les sols pour qu’ils répondent à la fois aux exigences de portance de la voirie et de gestion de l’eau. Leur système poreux permet de faire rentrer l’eau puis de faire évacuer l’oxygène, tout en augmentant le volume de fosse des arbres. Cette technique permet d’évacuer de façon naturelle 80 % des eaux.

photo : Frédéric Ségur. © DR.

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