« Les collectivités peuvent mettre un coup d’accélérateur ! »

Point de vue - Le 15 mai 2020


Marc Loiseleur, directeur général du Groupe Loiseleur, une entreprise familiale spécialisée dans le paysage, le sport et le recyclage, explique comment l’activité a pu se poursuivre pendant le confinement.

© DRComment avez-vous réagi à l’annonce du confinement ?

On n’a pas attendu le confinement pour réagir, car nous étions en charge de l’entretien de la base militaire de Creil (Oise) qui a longtemps été considérée comme le berceau de l’épidémie du Covid-19 en Ile-de-France. Début mars, on a mis à l’abri les salariés qui opéraient sur cette base. Quand le confinement a été décrété quinze jours plus tard, on a immédiatement instauré le télétravail et le chômage partiel. Pendant les deux premières semaines du confinement, quasiment aucun jardinier n’a travaillé, sauf une dizaine de salariés affectés sur des sites où l’entretien ne pouvait être stoppé, comme les golfs. Des mesures particulières ont été prises pour ces chantiers très spécifiques.

Avez-vous mis en place un plan de continuité d’activité (PCA) ?

Les collectivités nous ont demandé, pour notre activité de valorisation des déchets verts, comment on allait assurer la poursuite de l’accueil des collectes des déchetteries. Notre premier PCA a donc été fait très rapidement afin d’assurer la continuité du service public de gestion des déchets.

Quant à nos structures dédiées au paysage, au sport et à l’hydraulique, on a co-construit des plans de continuité avec les CSE (comités sociaux et économiques) de nos différentes filiales, le service de la médecine du travail et le service de prévention de la MSA (mutualité sociale agricole). Les documents de très bonne qualité que l’UNEP a mis en ligne ont d’ailleurs beaucoup aidé.

Ces PCA ont été rapidement approuvés par nos instances, on a fait des chantiers tests à partir du 1er avril, où 2-3 personnes seulement travaillaient. Cela nous a permis de peaufiner notre organisation et de faire les ajustements nécessaires. On a repris l’activité d’entretien le 6 avril sur une grande majorité de nos sites (collectivités territoriales et donneurs d’ordre privés).

A quoi ressemblait une journée de travail au premier temps du confinement ? 

On a eu deux moments cruciaux à surveiller : le transport des salariés vers les chantiers et le repas du midi. En réponse à cela, le transport a été individualisé et des indemnités ont été versées à ceux qui venaient avec leur véhicule. On a aussi supprimé la pause-déjeuner en condensant la journée de travail de 7 heures à 14 heures, pour que les agents puissent rentrer tôt chez eux. Ces mesures ont été en place pendant les premières semaines du confinement pour permettre le redémarrage, elles se sont assouplies depuis.

Le dialogue avec vos différents clients a-t-il été maintenu dans la crise ?

Comme c’était une période charnière pour nous, nous avons été forcés d’être très proactifs sur la démarche. On a diffusé 3 notes d’information e-mailing auprès de notre écosystème, soit plusieurs milliers de prospects, clients et partenaires, pour les informer de nos actions (en mars - arrêt de l’activité, fin mars - reprise de l’activité, fin avril - état des lieux). On a aussi été actifs sur les réseaux sociaux pour leur montrer ce qu’il se passait concrètement sur les chantiers. On a fait des visios et des conférences téléphoniques avec nos clients pour leur exposer les difficultés que l’on rencontrait.

Les clients comme les fournisseurs, après une première période d’observation, nous ont soutenu dans notre démarche de reprise d’activité rapide. Ils nous ont même largement encouragés. Ils craignaient la réaction des gens de voir les jardiniers débarquer alors qu’ils étaient confinés. Comme les réactions ont été positives, tout s’est bien passé.

Comment la collaboration avec les collectivités s’est-elle déroulée ?

Les chantiers d’aménagements sont faits au printemps, à une période charnière. Or, les plantations sont en train d’être terminées. C’est pourquoi on a été assez surpris de la fermeture totale de tous les chantiers d’aménagement dans les collectivités, alors même que nous avions mis en place des PCA. On a remarqué que nos donneurs d’ordre freinaient la reprise, sans doute car ils manquaient de visibilité...

Selon nous, cet arrêt complet a été trop large, trop fort, ne bénéficiant pas d’une analyse fine de la réalité des chantiers d’aménagements. En effet, sur un chantier hyper-urbain, la fermeture est compréhensible pour des questions sanitaires évidentes, mais sur des chantiers de plusieurs hectares, les jardiniers peuvent être distanciés, parfois à 150 mètres d’écart les uns des autres... Stopper les chantiers de manière systématique n’était pas la solution. Si on avait pu avoir un dialogue par chantier avec les collectivités, on aurait pu les rassurer. Sept semaines plus tard, certains chantiers n’ont toujours pas repris et on n’a aucune nouvelle sur la reprise...


À gauche : Le square des miroirs au parc de la Villette à Paris est une réalisation du Groupe Loiseleur. © DR. À droite : Le square Colbert à Reims est une réalisation paysagère du Groupe Loiseleur. © DR.


Quel impact le confinement va-t-il avoir sur votre entreprise ?

On va forcément constater une perte de CA net de plusieurs centaines de milliers d’euros car ces chantiers de plantation et de travaux fermés vont devoir être décalés. Mais dans toute crise, on tire toujours des enseignements positifs. Pour nous, cela concerne la capacité de nos outils numériques qui nous ont rendu efficaces à distance. Nous allons poursuivre la digitalisation d’un certain nombre de fonctions pour renseigner encore plus nos clients sur nos actions : envoi de mails, site extranet de renseignement... La digitalisation dans nos métiers est une forte capacité de développement.

De même dans le domaine de la commande publique la mise en place de la dématérialisation depuis 2014 et les évolutions permanentes depuis auraient dû permettre à l’ensemble de la filière du paysage de continuer à travailler tant en lancement de nouveaux projets que dans le domaine de vie des contrats en cours. C’est un enseignement important pour l’avenir afin d’éviter des blocages inutiles. Une satisfaction toutefois pour ce qui nous concerne, d’une manière générale les donneurs d’ordre public ont respecté les mises en paiement des situations à échéances.

Pourquoi est-ce crucial que les collectivités continuent de développer le végétal dans leur ville ?

On a été confinés pendant huit semaines, on nous a interdit d’aller à plus d’un kilomètre de notre domicile... Si chacun des citoyens avait disposé d’un square paisible, d’un environnement végétal permettant de faire découvrir la floraison printanière et fruitière aux enfants, ils auraient pu avoir une vraie source de bien-être pendant le confinement. Et peut-être que les urbains auraient moins fui leurs villes pour la campagne...

Ce confinement montre un grand besoin des citoyens de retourner à des choses essentielles, naturelles. Il faut développer l’arbre, la nature en ville, mais aussi les possibilités de promenade dans les petites villes comme les voies vertes, les lieux de cheminement pédagogiques, etc. Les collectivités peuvent mettre un coup d’accélérateur !

En conclusion, quel message souhaitez-vous transmettre aux élus français ?

Il faudrait tout d’abord avoir plus d’échanges avec le tissu local des entreprises du paysage. Elles sont souvent très ancrées dans leur territoire et le connaissent très bien. Un meilleur dialogue entre donneurs publics et entreprises permettrait d’être plus efficace, d’avoir une approche technique et économique plus appropriée. Il faudrait également recourir plus souvent au duo concepteur-entrepreneur, et associer davantage les entreprises aux problématiques d’entretien. Nous avons des solutions à mettre en place dès l’aménagement pour éviter une augmentation des coûts de fonctionnement !

photo portrait Marc Loiseleur : © DR.

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