Chantiers et confinement : un équilibre à trouver

Enquête - Le 15 mai 2020

 

Chantiers et confinement : un équilibre à trouver. © Isabelle Baudet / Ville d’Annemasse.


Qui dit confinement ne dit pas forcément arrêt des chantiers ! De nombreuses collectivités aménagent et entretiennent leurs espaces verts en appliquant des mesures sanitaires strictes. Avec en ligne de mire, l’importance accrue qu’ont et qu’auront les espaces verts cet été dans un contexte de limitation des déplacements.

« Le monde s’est arrêté le 16 mars et on ne peut pas continuer comme ça », constate Erwan Baron, gérant des Pépinières de L’Èvre (Maine-et-Loire). En quelques jours, les commerces ont fermé, les rues se sont vidées, les chantiers se sont arrêtés. Une pause certes violente mais nécessaire pour se réinventer, selon Étienne Gourbesville, directeur Paysages et Biodiversité de la ville d’Annecy. « La crise a commencé très brutalement, donc tout le monde a dû se réorganiser pour mettre en place les conditions sanitaires nécessaires à la poursuite des chantiers. À Annecy, on a dialogué avec les entreprises pour savoir où elles en étaient de leur démarche de prévention. En tant que collectivité, on a un rôle à assurer sur la sécurité des chantiers. » Fanny Maujean, directrice des parcs, jardins et paysages de la ville d’Angers, s’inquiétait également du respect des mesures. « Nous avons fait en fonction des entreprises et avec les entreprises ! Quand elles souhaitaient et avaient la possibilité de reprendre les travaux, nous nous sommes assurés de leur plan de continuité d’activités pour garantir la sécurité des opérateurs terrain. »

S’appuyer sur des textes juridiques et des outils certifiés

Une sécurité d’ailleurs encadrée de près par le gouvernement. « On a eu de la chance d’avoir un accord avec l’OPP-BTP (organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics) qui a publié un guide en accord avec le ministère du Travail pour donner des préconisations précises pour nos métiers », ajoute Etienne Gourbesville.  C’est sur ce guide que son équipe s’est appuyée pour accompagner les entreprises dans leurs démarches et veiller à l’application de la bonne ligne de conduite. Citons également les guides proposés par l’UNEP, très utiles dans le cadre de la continuité d’activité des entreprises du paysage. Selon Fanny Maujean, directrice des parcs, jardins et paysages de la ville d’Angers, « il est très important pour nous d’être à l’écoute de nos prestataires pour trouver des solutions, notamment en se basant sur les textes juridiques des marchés publics. En effet, les entreprises étaient perdues entre leurs procédures de chômage partiel, l’exécution de leurs marchés, les ordres de service de leurs maîtres d’œuvre ou maîtres d’ouvrage... Il faut suivre un protocole de l’achat public précis qui existe. » Un protocole qui a porté ses fruits. « Entre les chantiers d’entretien et les travaux, il y a environ 50 chantiers en cours à Angers actuellement, se réjouit Fanny Maujean. Les seuls à l’arrêt sont ceux que les entreprises n’ont pas pu reprendre, ne pouvant mettre en place un plan de continuité et garantir la sécurité de leurs équipes... » A Annecy, les chantiers d’entretien des espaces verts ont également repris sur le territoire, à partir du 6 avril. « Effectifs restreints, volume horaire limité, distanciation... ces contraintes font qu’il y a moins de possibilités d’agir, reconnaît Etienne Gourbesville. La logique est donc de préserver les végétaux "essentiels" et de garantir une activité minimale pour les entreprises. »


À Angers, la plupart des chantiers continuent pendant le confinement. Ici, la place Ney, où l’entreprise IDVERDE poursuit son activité. © Fanny Maujean / Ville d’Angers.

Gérer l’urgence en toute sécurité

Préserver l’essentiel, une mission délicate quand on sait que tout végétal demande une attention rigoureuse. « On a dégagé un premier temps, jusqu’à début avril, pour gérer l’urgence, précise Étienne Gourbesville, c’est-à-dire sauvegarder la production horticole, mettre en jauge les arbres et intervenir sur le domaine public si besoin. » Au cœur de ce dispositif, la sécurité des agents. « Il est important qu’ils sachent qu’ils sont protégés par la ville, ajoute-t-il. Pour toutes les opérations, notre équipe était réduite : un élagueur, un conducteur d’engin et un jardinier ». Un état d’esprit partagé par Agnès Cuny, qui s’apprête à terminer son mandat en tant que maire adjointe en charge des espaces publics et bâtiments publics à Annemasse (Haute-Savoie). « Les élus doivent envoyer des signaux forts, être exemplaires en termes de gestion des personnels. Aujourd’hui avec le confinement on doit protéger nos agents et ne pas les exposer dans les chantiers. Mais il y a des urgences à gérer, comme l’engazonnement des pelouses de notre nouveau parc – en tirant parti de sa fermeture — ou l’aménagement de la liaison verte entre la gare et la place de l’étoile. » La fermeture des espaces verts est en effet une occasion non négligeable de faire des travaux.

Travailler sans déranger

Un des points positifs du confinement est qu’il libère quantité de zones très fréquentées en temps normal. Selon Agnès Cuny, « les usagers ne comprendraient pas que d'emblée, à la sortie du confinement,© Isabelle Baudet / Ville d’Annemasse nous provoquions une gêne alors que les entreprises auraient pu travailler en toute sécurité et sans désagrément durant les semaines écoulées. » Aussitôt dit, aussitôt fait : la rénovation des dalles de l’hôtel de ville à Annemasse a commencé. « Si on attend le déconfinement pour mettre en place ces travaux, on a tout faux ! » déclare encore Agnès Cuny. Un chantier bien encadré, avec des barrières, a donc été mis en place. « Il nous resterait une semaine de travaux à compter du 11 mai, alors que si l’on avait attendu ce moment-là pour commencer, nous aurions bloqué tout le mois de juin... Il faut prévoir d’avoir des espaces accessibles au moment du déconfinement. »

À Annemasse (Haute-Savoie), de nombreux espaces désertés sont le théâtre de chantiers pendant le confinement. © Isabelle Baudet / Ville d’Annemasse.

Offrir aux habitants des espaces de qualité

Des espaces accessibles, oui, mais pas seulement. « Après le confinement, les gens ressentiront le besoin "d’envahir" nos espaces verts », soutient Isabelle Baudet, responsable des services parcs et jardins de la ville d’Annemasse depuis dix ans. « Nous devons leur offrir des aménagements de qualité, de vrais lieux de convivialité, qui participent aussi à la réduction des températures en ville. Nous sommes dans une région touristique mais étant donné les circonstances, tous ne pourront pas partir en vacances cet été... D’où l’intérêt des parcs et jardins de proximité. » Des lieux qui auront eux aussi souffert du confinement...

Préserver ses investissements

« L’important, c’est de ne pas perdre nos investissements, explique Isabelle Baudet. Les arbres, il faut les arroser. Les plantes, les planter. Nous avons remis en eau notre réseau d’arrosage automatique car il ne pleut pas assez. » De plus, ces quelques actions sont perçues comme nécessaires à la santé mentale des habitants. « Les gens n’ont pas vécu le printemps comme d’habitude. Il faut qu’on se débrouille pour qu’ils puissent le retrouver à la fin du confinement. Il en va de soutenir la population ! » Tout cela suppose d’importants efforts de la part des collectivités. « Il va y avoir un gros travail de management d’équipe à faire, reconnaît Isabelle Baudet. Certains agents sont confinés car ils sont malades, d’autres gardent leurs enfants... Il faudra retrouver la cohésion d’équipe tout en respectant les règles sanitaires... » Tous sont en effet unanimes sur ce point. « Que ce soit aujourd’hui ou dans un mois, il faudra conserver les mêmes précautions hygiéniques », déclare le pépiniériste Erwan Baron. À Annecy, l’optimisme est de mise : « Maintenant que les choses sont clarifiées, qu’il y a un dialogue avec les organisations syndicales, l’activité de la direction est relancée, nous aurons un beau fleurissement cet été ! », se félicite Etienne Gourbesville. « Dans tous les cas, le dialogue entre prestataire et commanditaire ne doit pas être rompu », conclut Fanny Maujean.

Pour en savoir plus sur la continuité d’activité : retrouvez ici les documents de l’UNEP spécialement conçus pour les métiers du paysage.

Pour en savoir plus : le témoignage complet de Fanny Maujean.

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