Jardin éphémère, quand le végétal crée l’événement !

Enquête - Le 05 mars 2020



« Les Fables de la Fontaine », l’édition 2018 du jardin éphémère de Boulogne-sur-Mer. © Boulogne-sur-Mer.

En attirant les foules parfois par milliers, les jardins éphémères participent à sensibiliser au végétal mais aussi à dynamiser les centres-villes et à gonfler l’économie des commerces de proximité. S’ils sont le reflet d’une société en quête de la ville idéale, ils sont également le fruit d’un travail d’équipe qui nécessite une longue préparation en amont, de la conception à la réalisation.


« Ce qui est plaisant, c’est de voir qu’il y a à la fois des Nancéiens mais aussi pas mal de touristes qui sont là. »  Dans cette vidéo publiée en octobre 2019 par la ville de Nancy, une habitante se réjouit de l’intérêt que suscite ce jardin éphémère1. Cette année-là, la 16e édition intitulée « Empreinte » a séduit des milliers de visiteurs, venus admirer sur la place Stanislas un jardin en forme de main et la célèbre statue du duc, devenue pour l’occasion le chaton d’une bague. Plus tôt en 2019, à Boulogne-sur-Mer, l’artiste et jardinier Louis Djalai dévoilait la 13e édition de son jardin éphémère annuel, mission que le maire lui a proposée il y a quatorze ans. Une initiative aux conséquences très positives. « Outre l’aspect esthétique qui est primordial, le jardin éphémère peut contribuer au renom d’une ville. Le nôtre attire plusieurs centaines de milliers de visiteurs chaque année : riverains, touristes français et étrangers… » Et pour cause, les animations végétales, conçues avec un budget global de 50 000 euros, dynamisent le centre-ville de juin à novembre. « Situé au milieu de la place, il est donc ouvert 24h sur 24h, ajoute Louis Djalai. Évidemment, tout cela a des retombées économiques positives pour les commerçants (cafés, restaurants, etc.) du centre historique. » Mais ce type d’événement très attractif peut aussi se dérouler dans des endroits insolites. En 2019, une campagne annonçait l’installation du « plus haut jardin éphémère de Paris », au 56e étage de la tour Montparnasse. À Pâques, ce labyrinthe graphique de buis et topiaires aux formes animales a même été le théâtre d’une chasse géante aux œufs en chocolat pour les enfants… Un grand succès.

Un événement porteur de sens

Le jardin éphémère, en plus d’être un événement fortement plébiscité par les citoyens, est également le symbole d’une ville plus respectueuse de la biodiversité, souhaitant reconnecter citadins et nature. À Montpellier, le festival S.E.V.E dédié à la filière du végétal prendra pour la première fois la forme d’un jardin éphémère gratuit sur la célèbre esplanade du centre ville. Selon Antonin Lavigne, paysagiste-concepteur très investi dans cet événement qui se déroulait jusqu’à présent en périphérie, cette évolution découle d’une volonté d’investir le centre-ville, au plus près des gens : « On a souvent tendance à oublier les plantes qui font partie de notre quotidien… En mettant le végétal là où on ne s’y attend pas, le jardin éphémère a la qualité de surprendre tout en portant un message sur ces compagnons de toujours. » Et quel message : « Osez la nature, car même un petit espace peut accueillir un jardin ! » Car les bienfaits du jardin éphémère s’étendent bien au-delà de l’effet de surprise. De tels espaces permettent aux amateurs de rencontrer les professionnels du végétal, de se familiariser avec les plantes… d’où les nombreuses variations pédagogiques et ludiques qui voient le jour un peu partout sur le territoire.


Les animations végétales du festival S.E.V.E, à Montpellier. © Festival S.E.V.E.

Rendre hommage aux métiers du végétal

À Beauvais, la 17e édition des Jardins éphémères a eu lieu en mai 2019, en partenariat avec la direction des parcs et jardins. Pour ce concours ouvert au public, les jeunes des établissements horticoles se sont chacun vus octroyer une parcelle de jardin éphémère pour exprimer leur imagination, leurs savoir-faire et leur talents. De fait, le jardin éphémère offre un véritable espace aux professionnels du monde du végétal pour laisser libre cours à leur créativité. « Le festival S.E.V.E opte pour des jardins éphémères pour montrer ce qu’il est possible de faire ensemble en un temps court, ajoute Antonin Lavigne. Chaque contributeur est valorisé, personne n’est écarté. C’est important de rendre hommage aux métiers qui verdissent la ville, qui la rendent plus supportable… » Garder la ville supportable, une bonne raison pour envisager l’avenir de créations végétales éphémères comme levier pour conforter la place du végétal en ville.


Le célèbre jardin éphémère de Nancy a lieu chaque année à la fin septembre. © Ville de Nancy.

Le recyclage, un enjeu de taille 

Aménager un jardin éphémère suppose en effet de réfléchir au devenir des végétaux et des décors utilisés. Plusieurs options sont possibles. Suite au festival S.E.V.E par exemple, les plantes et matériaux sont récupérés facilement par les pépinieristes et entrepreneurs qui se sont prêtés au jeu. À Boulogne-sur-Mer, si la partie périssable est jetée, « les éléments de décor connaissent une deuxième vie : ils sont soit stockés dans nos hangars en vue d’un usage futur – sur un rond-point, par exemple –, soit prêtés à d’autres villes, explique Louis Djalai. Depuis quelques années, nous vendons également aux enchères une partie des décors via la plateforme en ligne Webencheres.com pour les mairies. L’argent des ventes est intégralement reversé au service des espaces verts de la ville, constituant une provision pour l’édition suivante. » À Paris, les éléments composant les jardins éphémères sont quant à eux généralement replantés dans les parcs et espaces verts parisiens.

Un système qui semble fonctionner, même si selon Louis Djalai « trop peu de villes font de "vrais" jardins éphémères en France, à la fois institutionnalisés, thématisés, poussés, avec une forte dimension intellectuelle et culturelle. Le jardin éphémère doit avoir du corps et être le fruit d’une vraie recherche. ».

1 Témoignages sur le jardin éphémère à Nancy en vidéo.

A lire aussi
Le Lagerstroemia indica Production emblématique du Sud-Ouest de la France Enquête - Le 20 avril 2017